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Moulin du Blochet - jour 1

02-25-2026 |GRUt·

Présentation

Du 07 au 12 septembre 2023. Une semaine à écrire dans une chambre d'hôtes.

Énoncé

Lecture d'un paragraphe dans un texte publié - on en tire autant de mots/expressions que l'on souhaite - on tire au hasard X mots de la liste - on écrit un texte ayant pour thème un tiré au hasard de la liste créée par Ketty Steward

  • Écritouille
  • Narratif
  • Exercice
  • Thème imposé
  • Mots obligatoires
  • Avec corrections
  • Temps imparti

Exercice 1 du matin

— Texte n°1 – recueil Utopiales 2023 – nouvelle « Coup d’oeil » de Julien Heylbroeck Caldironi
— Le mot de Ketty Steward : cure (n°17)
— 25 minutes max

Les mots tirés du texte

  • révolution / scaphandre / grippé / programme / orbite / filandreux / rosâtre / acide / galactique / regard / tentacule / pédoncule / navette / astre / dieu / chimérique / écu / carcasse / patron

Le texte

C’est dans la chambre d’amis qu’une femme de ménage trouva le cadavre. Le mort était arrivé la veille. Il n’avait pas semblé malade, ni inquiet ou prêt à en finir d’une quelconque manière. Monsieur Pouliche c’était son nom, était une connaissance du baron. Il venait une fois l’an au château pour faire la fête aux frais de la princesse. Le baron et lui-même se racontaient des histoires de vieux combattant. Au sens propre du terme. Ils avaient tous les deux combattu le Neptunien à la bataille de Terra Sanitatis1 pendant les guerres solaires. Une énorme défaite ponctuelle pour une victoire finale qui la fit passer pour une réussite stratégique a posteriori. Entre deux vieux amis de la haute, ils se racontaient des histoires de scaphandre percés et de tripes à l’air, tout ça sur fond d’OST de films de Dany Boon - passion commune des deux hommes.

La carcasse de monsieur Pouliche avait été retrouvée correctement assise sur son lit, complètement nue, la peau encore rosâtre témoignant du décès ressent. Ses bras étaient croisés sur les genoux avec les mains ouvertes vers le ciel. À l’intérieur de la paume droite, un œil droit tout propre et brillant, le regard tourné vers la porte d’entrée de la chambre, y avait été déposé. Comme en attestait l’orbite vide et nettoyé coté droit du visage, il s’agissait bien de celui de monsieur Pouliche. À ce stade la police aurait pu rapidement conclure à un homicide, seulement voilà, la réalité est parfois plus complexe.

Aucune des 300 caméras du château n’avait constaté une intrusion dans la chambre. Le baron lui-même s’était absenté cette nuit-là. Aucune trace de lutte n’était visible au petit matin. Le lit n’avait pas été défait et les affaires de Monsieur Pouliche étaient restées dans la valise.

Le tout jeune inspecteur Mojette entra seul dans la pièce. Les agents qui l’accompagnaient étaient restés au premier étage pour recueillir les témoignages d’éventuels témoins et commencer les interrogatoires. Il commença à fouiller les affaires de monsieur Pouliche. Dans la valise rien d’étrange si ce n’est plusieurs listes manuscrites de divers contenus et écrites dans une langue inconnue pour la plupart. L’une d’elle cependant était lisible pour le jeune inspecteur, car écrite dans un terrien technique français mais assez simple. Quelqu’un d’autre que monsieur Pouliche l’avait rédigée :

« Programme de la cure alchimico-chimérique jour 1 :

  1. prenez une cuillère en argent
  2. enlevez votre œil droit à l’aide de celle-ci
  3. rangez la cuillère dans la poche gauche de votre veston (la douleur est qu’une information)
  4. placez le dit œil droit dans la paume de votre main droite ouverte
  5. fermez l’oeil gauche
  6. buvez la liqueur de cuivre
  7. dites les mots de séparation alchimique
  8. laissez les files chimériques nettoyer le chantier
  9. quittez votre corps
  10. laissez au temps le soin d’agir »

Circonspect, l’inspecteur n’en crut pas ses yeux. Cette histoire prenait un tournant plus qu’étrange. Il se tâta le menton puis plongea la main dans la poche gauche du veston de Monsieur Pouliche. Quand bien même tout cela lui paraissait absurde, il espérait y trouver un indice important. Quelque chose qui pourrait donner du sens à cette mise-en-scène. Il y trouva une cuillère en argent. Interloqué, il regarda une nouvelle fois les documents retrouvés dans la valise. Parmi tous les documents manuscrits illisibles il en trouva un manifestement organisé en 4 strophes. L’inspecteur ne put s’empêcher d’arborer un sourire étonné. Il parvenait de mieux en mieux à saisir le déroulement de la soirée, même s’il ne comprenait pas encore l’enchaînement des événements, ni même combien de personnes étaient impliquées. Il se redressa alors et appela ses collègues. Personne ne lui répondit. Il sentit alors comme une présence dans son dos.

« Regardez ce que j’ai trouvé » dit-il en se redressant.

Devant lui, à peine à quelques centimètres de son visage, une silhouette blanchâtre et demi-translucide se tenait debout. À peine eut-il le temps de comprendre que celle-ci déploya des tentacules filandreux et la poussa violemment sur le lit.

Puis plus rien. Le noir complet.

Après quelques minutes cependant, reprenant ses esprits mais incapables de bouger, il se vit lui-même en train de parler avec un agent qui regardait l’air horrifié dans sa direction. Il n’entendait pas la discussion mais il voyait bien qu’on parlait du cadavre en le pointant du doigt. En jetant un rapide coup d’oeil vers la droite sur la glace de l’armoire en face du lit, il eut à peine le temps de se voir dans le corps rosâtre et éborgné de monsieur Pouliche. Face à lui, l’agent passa une main pudique sur ce qui était maintenant son visage et lui ferma l’oeil.

Dans la nuit pour l’éternité et La panique pour unique compagne, il hurla aussi fort qu’il le pu.

Dans le vide pour l’éternité où le son n’existe pas, personne ne l’entendit2.


Exercice 2 du matin

— Texte n°2 – L’affaire Dreyfus - Collections du Musée de Bretagne – p.28 - « L’affaire sur les murs »
— Le mot de Ketty Steward : mesuré.e (n°6)
— 25 minutes max

Les mots tirés du texte

  • Les mots piochés dans le texte (en gras les mots finalement choisis – mots communs entre nos 2 listes) : mur / éditeur / affiche / horreur / bestialité / couleur / personnage / première / célébrité / nationaliste / collection / innocent / exemplaire / cinéma

Texte non-modifié (ou très peu)

C’est le mur le plus haut. Dans les champs de murs il y en a de toutes tailles. Des petits d’à peine quelques centimètres, des moyens qu’on peut escalader uniquement en sautant voire à plusieurs en se faisant la courte échelle. Enfin il y a les très hauts. Et parmi les très haut il y le MUR. Celui que peu de grimpeurs ont escaladé3. Celui qui a à son actif un bon million d’échecs, parfois mortels, horribles.

C’est donc ce mur qu’il faut escalader ; ce mur sur lequel s’asseoir à son sommet ; ce mur qu’on vient défier de tous les coins de la galaxie. D’aucuns disent qu’il faut 100 jours pour atteindre son sommet, d’autres disent qu’il n’on ne peut le escalader et que c’est un piège à cons eugéniste. Une sorte de test darwinien pour quidam en manque de célébrité. Pourtant il a bien été escaladé ce mur et mesuré même, quoi qu’en disent les agents du soupçon permanent. Il mesure exactement 6892 mètres et 24 centimètres. Il a été vaincu la première fois par un certain Tibald Saturnus dit le « singe ». De nombreuses vidéos et photos 3D l’attestent. Son portrait est partout à l’entrée du champ de murs.

Et pourquoi ces murs ? Qui les a mis là ? Ils sont des milliers plantés en terre de ce qui jadis était la Camargue et qui aujourd’hui n’est plus qu’un désert sec, constellé de squelettes de chevaux.

C’est donc le MUR que Paul grimpe. Il en est à la moitié. Il hésite encore. Redescendre ? Continuer ? Aura-t-il le droit à une demi-ovation ? À la demi-célébrité ? Sera-t-il un demi-champion ou n’y a-t-il rien d’autre que la gloire ou l’oubli ?

Paul est fatigué.

Il n’a pas prévu assez de nourriture, ni assez d’eau. Il a mis 1 semaine pour arriver à mi-chemin. C’est un record. Le vent souffle. Il fait froid. De plus en plus froid. Il souffle bizarrement ce vent d’ailleurs. De bas en haut ? De haut en bas ? Et le ciel qui s’éloigne. Et les nuages qui s’éloignent4.


Footnotes

  1. nom donné à une plaine gigantesque de notre lune. Elle se situe dans la partie sud-centre de l’astre. cf. un article d’astroshop.

  2. c’est le premier texte du séjour. Il a été beaucoup remanié après coup, notamment pendant 1h environ l’après-midi du même jour.
    La première partie n’a été que partiellement retouchée (corrections grammaticales et lourdeurs essentiellement). La seconde - après la découverte de la liste manuscrite par le jeune enquêteur - quant à elle, a été réécrite quasi complètement dans l’après-midi, puis a été finalisée entre le retour du séjour et son jour de publication.

  3. grimpé, grimper, c’était les verbes que j’avais choisis à l’origine. Pas vraiment adéquat, j’ai finalement adopté le verbe escaladé/er qui me parait plus approprié. En réalité, c’est surtout pour faire plaisir aux fans d’escalade que je connais. À bon entendeur.

  4. ça date pour comprendre ce qui m’est passé par la tête à ce moment de la journée. Le texte étant très court, je pense avoir mis du temps pour trouver une idée (pas ouf) et au final j’ai tracé pour arriver à une conclusion. C’est pas brillant du tout, j’imagine qu’on sera d’accord.

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