Présentation
Du 07 au 12 septembre 2023. Une semaine à écrire dans une chambre d'hôtes.
Énoncé
Plusieurs exercices sur du texte court voire très court
Exercice 1 du matin
- 4 mots tirés au sort dans une liste de mots choisis dans un texte lu à voix haute.
- Écrire 4 textes courts en 20min maximum (moyenne 5min chacun)
- Utiliser 1 mot par texte court (tiré au sort dans la liste)
Le texte source : BOBIN, Christian. Les différentes régions du ciel – œuvres choisies – page 357 : Éloge du rien
Les mots : lettre / réponse / froissé / silence / revue / aimanté / dictionnaire / art / apprendre / écriture
Texte 1 : LETTRE
Texte 2 : REVUE
Texte 3 : ART
Texte 4 : APPRENDRE
Texte 1 : LETTRE
Il y a beaucoup de lettres dans une lettre, beaucoup moins dans un mot, mais un peu plus dans une phrase. Parfois s’y glisse une majuscule et des signes de ponctuation qui viennent cloisonner, enfermer les lettres. Peut-on considérer les majuscules comme des chefs ? Les points comme des murs ? Les virgules comme des feux de signalisation ? Vraiment ? Cela ferait-il sens de supprimer les majuscules et les signes ? Une lettre ne vit pas seule. Sauf exception. Une phrase n’est pas un organe. Sauf exception. Comparons ce qui est comparable.
Texte 2 : REVUE
Dans le mot « revue » il y a « re » et « vue ». C’est étrange au premier degré. Quand une revue sort dans les kiosques elle est fraîche, elle est neuve, elle n’a pas encore été vue. D’ailleurs, elle n’est pas « vue » mais « lue » la revue, à l’exception de sa couverture et des illustrations intérieures. Du fait, c’est vrai qu’on pourrait dire « ça marche » pour peut-être cette raison. On dit magazine aussi pour « revue ». Je ne connais pas l’origine de ces mots. Je sais bien que la langue française est parfois taquine, limite perverse, pour autant, il doit bien y avoir une raison pour appeler un magazine une « revue » alors qu’on ne l’a pas encore vue, ni même ouvert comme un kiosque à journaux. Peut-être parle-t-on « revue » comme on parle d’une revue d’effectifs. Je ne sais plus trop ce que je raconte.
Texte 3 : ART
— Quel beau nain de jardin.
— C’est de l’art à coup sûr.
— Non. Faut pas pousser.
— Comment ça ?
— Un nain de jardin c’est jamais de l’art.
— Ah oui et pourquoi ?
— Au mieux de l’artisanat, la plupart du temps c’est industriel. À la rigueur on pourrait utiliser un nain de jardin pour exprimer des idées dans un cadre artistique. Ce cadre devenant de fait « l’œuvre d’art » et le nain de jardin une composante de cet œuvre.
— Il est beau ce nain de jardin, il a un tutu. C’est rare pour un nain, ça change, il a certainement des choses à dire ce nain.
— Ça n’en fait toujours pas une œuvre d’art.
— T’es lourd.
Texte 4 : APPRENDRE
La mémoire se travaille parait-il. Je n’ai pas de mémoire. Je ne retiens rien, c’est pas faute d’essayer. Pour apprendre il faut répéter, c’est le B.A. BA. Sans mémoire comment apprendre dès lors ? Il faut répéter beaucoup, encore et encore, souvent, tout le temps. À force c’est pénible. La mémoire dans l’apprentissage ça prévient la stagnation, ça vous permet d’apprendre à vivre aussi non ? Avec une peu de mémoire on affine sa vision du monde, on apprend à ne pas répéter sans cesse les mêmes erreurs. Peut-on apprendre quand on n’a pas de mémoire ? Peut-on réellement apprendre ? La mémoire se travaille parait-il. Je n’ai pas de mémoire. Je ne retiens rien.
Exercice 2 du matin : texte à thème (cf. Ketty Stewart)
- 4 mots tirés au sort dans une liste de mots choisis dans un texte lu à voix haute.
- Écrire 1 texte court en 25min maximum
- Utiliser 4 mots tirés au sort dans la liste
- thème imposé tiré au sort dans la liste de thème de Ketty Stewart
Le texte source : BOBIN, Christian. La plus que vive – page 483
Les mots : mort / ritournelle / cerisier / gel / floraison / rire / défricher / histoire / couleur / paradis / personne / exemplaire
Le thème : BULLE
Au printemps, Miroslav Dumoulin sort ses compagnons les nains de jardin. Il n’a pas un très grand terrain, juste quelques mètres carrés devant et derrière sa maisonnette sur les hauteurs de la ville. Il ne sort ses nains qu’au printemps, parce qu’il estime qu’il n’y a pas de raison valable de les laisser subir les fortes pluies de l’automne, le ruissellement des eaux, les feuilles tombantes du platane sur leur bonnet ou la neige des périodes de grands froids. Depuis qu’il est seul, les nains de jardin sont ses seuls amis. Miroslav s’est réfugié dans une petite bulle.
Son univers à lui est fait de lecture au coin du feu pendant les longues saisons humides. Il passe ses journées à lire à voix haute des histoires aux nains de jardin bien rangés devant la cheminée. Ils sont des auditeurs concentrés et respectueux. Quand le printemps revient, au moment des premières floraisons, Miroslav fait de même mais cette fois dans le jardin. Les nains sont toujours là, dispersés un peu partout sur le petit terrain. Il y en a quelques-uns sous le platane, d’autres près du portail qui mène à la rue et les derniers à côté du puits, derrière la maison.
Ce jour pourtant il a décidé de faire autrement. Plutôt que simplement raconter des histoires, il va chanter quelques ritournelles sur la vie, la mort et le reste. Après quelques vocalises, Miroslav sort donc dans le jardin comme chaque jour. Il fait grand soleil comme on dit, la température est idéale, l’herbe est verte comme sortie d’un tube de peinture et de mignonnettes pâquerettes constellent le terrain. Devant lui, les nains de jardins sont installés en rang d’oignon et tout sourire, ils attendent. Qui a bien pu les regrouper ainsi ?
Miroslav s’en moque, il est ravi et commence à chanter. Derrière le portail, dans la rue un petit groupe de badauds souriants s’est rassemblé.
Exercice 3 du matin : texte à thème (cf. Ketty Stewart)
- 4 mots tirés au sort dans une liste de mots choisis dans un texte lu à voix haute.
- Écrire 1 texte court en 25min maximum
- Utiliser 4 mots tirés au sort dans la liste
- thème imposé tiré au sort dans la liste de thème de Ketty Stewart
Le texte source : DEPARDON, Raymond. J. O. – Montréal 1976
Les mots : séjour / affaire / kilo / idée / télévision / mitrailler / fraction / qui-vive / spécial / vedette / couverture
Le thème : SÉCHÉ·E
Depuis une centaine d’années environ des colons se sont installés sur TERRA-2. Sur une échelle de 1 à 10, 1 signifiant « très hostile/invivable » et 10 « conditions optimales à la l’installation », TERRA-2 avait une note de 9. Jusqu’à sa découverte, l’humanité n’avait pu trouver tout au mieux que des T7, ce qui semblait déjà satisfaisant à première vue. D’autant que pendant plus d’un siècle après la mise en marche JWST la découverte d’une T4 était considérée comme un miracle. Puis les T4, les T5 et enfin les T6 apparurent en nombre grâce aux mises à jour successive du télescope, jusqu’à la découverte d’une T7 à la limite d’une T8, qui donna de grands espoirs à l’humanité.
Pour autant les scientifiques et ingénieurs furent divisés sur la question des colonisations des T7/ T8. Pour les uns cela demandait d’atteindre les limites possibles de la terraformation mais c’était envisageable au prix de gros efforts, et pour les autres, les risques restaient beaucoup trop importants, il fallait donc continuer à chercher. Quand les toutes premières colonies installées furent réduites à néant par des volcans dont la puissance destructrice équivalait à tout l’arsenal nucléaire français du 21ème siècle ou par une épidémie d’un virus plus mortel et rapide que la peste, les autorités compétentes décidèrent de remonter le seuil d’habitabilité à T9.
Sur TERRA-2 le responsable de la colonie scientifique, le professeur Silver Nakamura-Ben-Brahim, était relativement confiant. Arrivée en plein été, la colonie avait resentit une chaleur étouffante digne du Sahara terrien. Sur toute la planète, d’une taille équivalente à celle de la terre, l’air était terriblement sec.
Le séjour dura 2 années complètes. Tous les jours les équipes scientifiques envoyèrent des rapports complets dans lesquels, malgré le classement en T9 de la planète, le professeur concluait toujours qu’il fallait rester sur le qui-vive et qu’une installation trop soudaine, trop massive, pourrait faire dégringoler sa notation de 1 à 2 niveaux.
Son dernier rapport concluait ainsi :
« Demain toute l’équipe entrera en hibernation pour une durée de 10 ans jusqu’à l’arrivée de la relève scientifique. Nous demandons à nos supérieurs de prolonger la période de tests d’une, voire deux années complètes, afin de consolider nos resultats et fixer les limites au développement ainsi que les capacités d’adaptation de l’atmosphère, des terres et des océans à la terraformation. Il nous est encore impossible de dire dans quelle mesure l’arrivée en masse de nos congénères risquerait, ou non, une accélération du réchauffement climatique qui impacterait sensiblement l’habitabilité de la planète. Les résultats de nos recherches et les simulations conçues via nos modèles sont d’ors et déjà accessibles à tous. Nous seront ravis d’en discuter avec la nouvelle équipe à son arrivée sur place. »
Les premières colonies s’installèrent 10 ans plus tard. Il s’agissait essentiellement d’ouvriers, ingénieurs et de leurs familles. Pour des raisons techniques, le professeur et son équipe furent réveillés deux annnées après l’arrivée des premières colonies d’habitation. Quand ils sortirent pour la première fois depuis 12 ans de leur centre sommeil prolongé, une ville immense s’était développée s’était développée sous leur yeux.
Exercice 4 de l’après-midi
- 4 mots tirés au sort dans une liste de mots choisis dans un texte lu à voix haute.
- Écrire 4 textes courts en 30min maximum (moyenne 7min 30 chacun)
- Utiliser 1 mot par texte court (tiré au sort dans la liste)
- Textes doivent avoir un lien entre eux (pas forcément thématique ou narratif)
Le texte source : L’affaire Dreyfus – article - Crayon gris et encre noire
Les mots : dessin / efficace / ligne / présence / exemple / esquisser / gestuel / atmosphère / don / charge / légende / droit / sifflet / grelot
Texte 1 : DESSIN
Texte 2 : EFFICACE
Texte 3 : DROIT
Texte 4 : SIFFLET
Texte 1 : DESSIN
Nabil Saturnin travaillait pour la société de webdesign WebTDB à Maubeuge. La journée il créait des identités graphiques pour des artisans, des plombiers, des acteurs pornos, des avocats et parfois tout ça en même temps. Les clients payaient très cher des services dont personne, pas même les as du branding, n’étaient convaincus de l’intérêt, au-delà de faire entrer de la thunasse dans les caisses du boss, Monsieur Dumergue-Boulemanche. Nabil avait un bon contrat. Un bon salaire même. Insuffisant pour être totalement anesthésié par le bullshit capitaliste mâtiné à la sauce startup de son milieu pro, mais tout de même suffisant pour endormir un peu ses défenses et le faire oublier les bienfaits de la démocratie au sein l’entreprise. En réalité, c’était un poil plus compliqué que cela. Il donnait du sens au syndicalisme, mais plutôt que discuter de la longueur de la chaîne avec des représentants du personnel sensés tout faire pour la couper, il aurait préféré négocier le prix de cisailles. Et l’autre problème, c’était que malheureusement, même face aux décisions les plus brutales de N++, les discussions s’arrêtaient toujours au stade des « insultes envers les mamans ».
En dehors de ce gagne-pain, anonymé sous le blase de « TooCramor », Nabil dessinait des strips vaguement politique sur son métier dans un webzine confidentiel. Il les publiait au rythme d’un par mois sans grande volonté d’aboutir au grand soir, mais ça lui faisait du bien. C’était un peu sa façon à lui de lutter. Un jour que WebTDB avait une fois de trop justifier d’un argument bidon pour supprimer des primes, des postes, des têtes qui dépassaient, Nabil décida d’en faire un strip un peu plus violent que la moyenne. Le strip, qui mettait en cause directement la société, fit le tour de Fronce des réseaux avant de terminer au 4ᵉ étage des bureaux de la compagnie où se trouvait celui du grand manitou.
Une semaine après la publication du strip, Nabil recevait par courrier recommandé une lettre de mise à pied. Trois jours plus tard, il était viré pour faute lourde.
Texte 2 : EFFICACE
Monsieur Terrier travaillait pour la société de webdesign WebTDC dont les bureaux administratifs se trouvaient à Paris la défense. Cotée en bourse, bien installée dans le paysage entrepreneurial Fronçais, elle rapportait beaucoup d’argent à son propriétaire et aux petits porteurs. Monsieur Terrier occupait le poste de « Loyalty Manager Premium ». « C’est un poste jalousietogène » avait-il l’habitude de répondre en souriant à sa moman qui lui demandait pourquoi il mangeait seul au réfectoire. Monsieur Terrier était bien rémunéré pour son travail, et de son point de vue il le fallait bien pour supporter les titres honorifiques de « Michel Collabo », « Adolfo Ramirez » ou encore le fameux « Captain Poucave » que lui donnaient ses collègues.
Monsieur Terrier était efficace dans son travail. Un matin il dénicha une « cellule cancéreuse » comme il les appelait lui-même. Il s’agissait d’un jeune employé, au premier abord fidèle et impliqué, qui se servait des média-sociaux pour propager des fausses nouvelles et commérages à l’encontre de WebTDB et de son patron, Thierry Dumergue-Boulemanche dit « le gentil ». Grâce à un minutieux travail d’investigation, Monsieur Terrier réussit à identifier le traître et le dénonça courageusement à la direction. Le jeune traitre fut licencié manu militari dans les jours qui suivirent. La Justice finalement rendue, de retour au bureau le lendemain, Monsieur Terrier vit qu’un jaloux avait chié son bench.
Texte 3 : DROIT
Maître Jean-Jean était jeune et idéaliste. Pour certain de ces collègues c’était une tare. Les pires ne comprenaient d’ailleurs pas qu’on puisse réussir son examen d’avocat quand on était une sale gauchiasse-islamo-gôchisse. Maître Jean-Jean qui se moquait de l’avis de ces cons, assumait que le droit était l’affaire de tous et pour tous, sans quoi il n’y avait plus de droit et plus de démocratie.
Un jour, Maître Jean-Jean reçu un appel d’un jeune homme à sa permanence. Un certain Monsieur Saturnin. Il disait qu’il avait été licencié sans raison valable, tout le moins que ces raisons valables ou non n’auraient pas pu sortir sans passer par des méthodes illégales qui fouettait la belle tradition française de la collab’. Et quand il parlait collab’, il ne parlait pas du dernier de featuring de Fakear avec Claire Laffut.
À l’examen du dossier Maître Jean-Jean se figurait bien que l’affaire n’était pas très bien engagé. Il connaissait très bien Maître Flonflon et son cabinet qui se allait se charger de défendre WebTDB. Cela-dit, il avait un angle d’attaque.
Test 4 : SIFFLET
Thierry Dumergue-Boulemanche était le patron d’une grosse entreprise familiale de Webdesign. Il avait hérité de papa après de longues années d’études. Il avait une vision paternaliste de l’entreprise et ne comprenait pas qu’on puisse dire de vilaines choses à son propos. On ne parle pas mal de la famille. Ça se fait pas. Dès lors le jour où une certaine ressource “humaine” l’attaqua en justice pour un soit-disant licenciement abusif, il appela son vieil amis et avocat Maître Flonflon, le spécialiste reconnu dans la Fronce entière de « la fin de partie pour les nuisibles ». Toujours prêt à faire vibrer le chant de la vérité de celui qui avait moula, Maître Flonflon et son cabinet répondirent évidemment par l’affirmative.
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Aujourd’hui M. Terrier travaille comme éboueur à la mairie du 19ème arrondissement de Paris. Il dit lui-même : « c’est moins payé certes, mais c’est pas un job de chacal et je sers à quelque chose ».
Maître Jean-Jean n’est plus un jeune avocat. Il est celui qui parvint à faire tomber le système de contrôle illégale de la société WebTDB ainsi que son propriétaire TDB, qui avait finit par démissionner. Ce dernier est parti restaurer son château dans le Loiret grâce à son parachute doré gagné à la sueur du front de ses anciens employés.
Nabil travaille toujours dans les locaux de l’ex-WebTDB devenue WebSol, une scoop du web design spécialisée dans la fabrication, la formation et la maintenance de site web pour les associations et organismes sans pognon.
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